J’ai co-publié, en juin 2024, avec mes collègues, Christelle Calmels et Léonard Colomba-Petteng, un chapitre intitulé « Paris, Niamey, Bruxelles. L’observation participante au sein du champ des politiques de défense » dans le livre collectif, Enquêter en terrain sensible. Risques et défis méthodologiques dans les études internationales, publié aux presses du Septentrion.
Présentation du livre – La multiplication des entraves à la liberté académique met en exergue l’une des dimensions les plus préoccupantes de la recherche stratégique : les enquêtes sur des terrains « sensibles » peuvent exposer les universitaires à des risques considérables pour leur intégrité physique et morale ; au-delà des défis méthodologiques qu’elles soulèvent. Cet ouvrage propose de documenter et d’éclairer ces enjeux sous un nouveau jour en rassemblant une vingtaine d’expériences d’enquêtes menées dans des zones de conflits armés, des états autoritaires, ou encore des institutions politico-militaires. Dans une perspective résolument pluridisciplinaire et inclusive, les auteurs offrent ainsi une vision réflexive sur leurs objets et présentent leurs protocoles de recherche afin de fournir des clés de lecture actualisées de ces terrains « sensibles ». Par la richesse des expériences qui y sont recensées et comparées, cet ouvrage constitue une contribution majeure et bienvenue au développement des études stratégiques francophones.
Premières lignes du chapitre – À l’inverse d’autres situations traitées dans l’ouvrage, la difficulté d’accès au terrain à laquelle se consacre ce chapitre n’est pas liée à un danger particulier mais s’explique par la confidentialité et la fermeture d’un monde professionnel spécifique. Le champ des politiques de défense reste difficilement accessible, comme le rappellent les panneaux que l’on peut lire aux portes des ministères, des entreprises de l’armement, ou des organisations internationales : « défense d’entrée ». Pourtant, depuis les années 1990, des enquêtes par observation directe ou participante sont conduites dans des sphères décisionnelles reconnues comme « secrètes ». C’est notamment le cas de la diplomatie – les ministères norvégien, danois, et français des Affaires étrangères ayant chacun fait l’objet de plusieurs études. D’autres recherches ont été conduites au sein des institutions communautaires, la Commission européenne constituant à cet égard un point d’observation privilégié. L’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et l’Organisation internationale du travail (OIT) ont également été le théâtre d’observations sociologiques.
Paris, Niamey, Bruxelles. L’observation participante au sein du champ des politiques de défense